01/04/2011

Apostrophes aux contemporains de ma mort

apostrophe-cover.jpgTitre  : Apostrophes aux contemporains de ma mort

Auteur : Maginhard

Année de sortie : 2011

Suisse d’ascendance vaudoise, l’auteur a passé sa jeunesse à Paris. Les activités professionnelles qu’il a été contraint d’exercer ne l’ont pas intéressé. Sans pousser le paradoxe au point d’affirmer, avec Gustave Flaubert, que « la vie n’est tolérable qu’à la condition de n’y jamais être », il est incessamment porté à s’écarter de la carrière pour monter sur les surplombs d’où l’esprit a le loisir d’embrasser les lointains.

 

« Comme à la Saint-Lambert,

Qui s'en va place perd ! »

 

Je garde dans l'oreille des exclamations, des protestations, des invectives, des invites, qu'ont probablement oubliées quelques instants plus tard ceux-là mêmes qui les avaient lancées. Ces échos d'une clameur infiniment éloignée me restent comme font les fossiles inclus dans une strate géologique, qui n'existent plus que par la trace qu'ils y ont laissée. Dans chacun de ces cris ivres de vie, l'édacité du temps a mis à nu un appel tragique, qui déjà quand il fut jeté maudissait la mort ; mais nous ne le savions pas.

 

Et la clarté des jours qui illuminaient mon enfance est maintenant réduite à celle d'une étoile à perte de vue, qui n'est visible que parce qu'elle rayonne ; c'est, dans le tunnel obscur, interminable, à l'intérieur duquel je vais bientôt trébucher sans même peut-être m'en apercevoir, un point de lumière qui scintille depuis l'entrée toujours plus lointaine.

 

Annulez ma vie. Ce n'était pas de jeu. Par jalousie, on cache aux enfants la vraie valeur de la vie à faire qui s'étend indéterminément dans l'avenir. On se garde bien de leur faire savoir que chaque rentrée des classes, chaque distribution des prix, chaque villégiature de vacances, est une étape irrepassable ; que c'est déjà, insensible dans l'instant, le franchissement des premiers tributaires de l'Achéron.

 

14:34 Écrit par Céline pour CDL | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.