21/11/2010

Tenebrae-Mantax

(1ereCouv)Tome1MantaxCouvertureFinaleForChloe.jpgTitre : Tenebrae-Mantax

Auteur : Ndanyuzwe Gaston

Année de sortie : 2010

Site de l'auteur : http://www.liretenebrae.com

 

Biographie de l’auteur :

 

Né le 4 janvier 1985 au Rwanda, R. M. G. Ndanyuzwe y passe une partie de son enfance, entouré de ses nombreux frères et soeurs. Suite à la guerre civile de 1994, il émigre avec sa mère vers la Belgique où il apprend le français et se découvre une véritable passion pour la littérature.

C’est en 2002, juste après avoir entrepris l’écriture de son premier roman « Tenebrae – tome 1 – Mantax », qu’il décide de s’enrôler dans l’armée Belge, où il termine son enseignement secondaire supérieur à la 1 ERSO (Ecole Royale des Sous-officiers), à Dinant.

En 2009, il entreprend un baccalauréat en biologie médicale à l’Institut Paul Lambin. Son premier roman, « Tenebrae – tome 1 – Mantax » est paru fin 2010 aux éditions Chloé des Lys.

Description du livre (le résumé se trouve sur la 4è de couverture)

« Tenbrae – tome 1 – Mantax » est le premier opus d’une série de 8 livres. L’auteur l’a voulu divertissant ; il l’a voulu humain, drôle et attachant. C’est une histoire sur les choix qu’on fait et les conséquences de ceux-ci ; c’est l’histoire de Tom et Margarett, que tout sépare et qui, pourtant, n’ont d’envie que celle de l’un pour l’autre. « Mantax » n’est pas un space opéra dans le sens premier du terme. Vous n’assisterez pas à un remake de Star Wars ou Star Trek, ces genres ont déjà été faits, et bien mieux, par d’autres. Mantax se veut original, frais et différent de tout ce qui existe dans le merveilleux monde de la littérature.

 

Prologue  

L’homme se tenait au sommet de l’unique tour surplombant le château de Ljubljana. Dans sa main droite, il tenait une flute de champagne qui était pleine depuis le moment où il l’avait prise, quelques heures plus tôt, sur l’un des plateaux que baladaient des ser-veurs vêtus de tenues impeccables.

Il fixa sa montre qui indiquait 21 h 58 et soupira avant de reporter son regard sur le sommet des sapins dansant quelques mètres sous ses pieds, aussi surpris que lui par la petite brise qui venait rafraîchir cette nuit du 3 juillet 2038.

De temps à autre, il portait la flute devant son regard et contemplait, au travers du liquide ambré, les lumières lointaines de la capitale slovène. Alors qu’il s’apprêtait à répéter ce geste qui était devenu automatique, il sentit un objet vibrer dans sa poche pectorale droite.

— Capitaine Loengard, j’écoute ! Dit-il en plaquant avec lassitude son téléphone portable sur son oreille.

— Bonsoir capitaine, ici le colonel Thompson. Je téléphone, comme promis, pour m’assurer que tout se passe bien à ce congrès.

— Bonsoir mon colonel ! Oh, le congrès est aussi passionnant que je l’avais prédit. Soupira-t-il sans aucune conviction.

— Bon sang, Tom ! Vous connaissant, vous êtes encore planqué dans un coin en train de bouder. Je ne vous comprends pas, beaucoup de scientifiques auraient tué pour être à cet évènement. Décennal Tom, vous savez ce que ça veut dire ?

— Oui mon…

— Cette conférence n’a lieu qu’une fois tous les dix ans, continua l’homme à la voix rauque, de l’autre bout du fil, ne laissant pas à Loengard le temps de terminer sa phrase.

— Mon colonel, tous ces gens me détestent, les seules personnes à ne pas me lancer des regards assassins sont les serveurs. Je ne comprends pas pourquoi…

— Personne ne vous demande de comprendre bon Dieu ! Il est crucial pour l’état-major d’établir de bons rapports avec le Centre, capitaine. Tout ce qu’on vous demande c’est de sourire, de serrer quelques mains, vous montrer dans votre bel uniforme et surtout de fermer votre clapet.

— Mon colonel…

— La dernière fois que j’ai vérifié, le règlement de notre belle armée plaçait le grade de colonel loin au-dessus du vôtre, Tom. Ceci n’est pas sujet à controverse.

— Très bien mon colonel. Il porta une fois de plus son verre devant lui, en l’élevant légèrement afin de bien le placer face aux points brillants dans la pénombre nocturne. Il faillit sourire en voyant les petites bulles dorées, qui ressemblaient à des centaines de ballons illuminés qui montaient pour mourir à la surface du liquide.

— Par pure curiosité, mon colonel, pourrais-je vous demander pourquoi l’armée veut lier une amitié avec le Centre ? Lors de sa création, je me souviens que notre gouvernement a été le premier à protester. Il attendit un petit moment, puis après un soupir, le haut-parleur du téléphone se mit à crachoter les paroles de son supérieur.

— Le Centre gagne chaque année plus de réputation, bientôt il sera absolument impossible pour un seul gouvernement de s’y opposer.

— Je n’y vois toujours aucun rapport.

— Vous avez assisté au briefing de juin avec moi, il me semble.

— Oui, mon colonel, j’étais là.

— Le monde évolue, Tom. Je ne suis moi-même pas tenu au courant des détails, mais ce que je peux vous dire c’est que la restructuration dont on a parlé à ce briefing sera mise en place bien avant la date annoncée.

— Mais enfin, mon…

— Cela fait très longtemps que la machine est lancée, les théories qui circulaient sur Internet n’étaient pas fausses. Nous commencerons avec les États-Unis et bientôt l’Europe suivra. Le général Gaspard est à Bruxelles à l’heure où nous parlons pour négocier les derniers points.

— Je pensais pourtant que c’était un processus qui devait s’étaler sur de nombreuses années.

— Plus c’est reculé dans le temps, moins c’est inquiétant. Avant que vous ne vous en rendiez compte, le monde ne comptera qu’une et une seule armée.

— Je ne suis pas certain que je comprenne l’idée générale de manoeuvre, mon colonel. Il avait reposé son verre sur le sommet du créneau de la tour et sa main reposait à côté de ce dernier. Il se sentait envahi d’un sentiment dont il ignorait l’origine.

— C’est une bonne chose que vous ne soyez pas encore général dans ce cas, Tom. Cela dit, au train où votre carrière progresse, et à condition que vous fassiez ce qu’on vous ordonne, cela ne m’étonnerait pas que vous le soyez avant moi.

— Non, c’est…

— Au fur et à mesure que les pays moins développés adhéreront à la nouvelle structure, les promotions vont devenir plus aisées qu’en temps de guerre pour nous, pays industrialisés. Avec un cerveau comme le vôtre…

— Un cerveau comme le miens ?

— Vous êtes un génie Tom. C’est la raison pour laquelle tous ces scientifiques que vous évitez si bien vous détestent. C’est la raison pour laquelle l’état-major vous voulait sur place.

— Tout ceci uniquement pour contrer le Centre ?

— Non, bien sûr que non. Ce n’est qu’une bande de chercheurs à moitié gâteux, même si leurs acronymes signifient :

« centre international de recherche scientifique ».

Non, ils ne représentent aucune menace, mais avez-vous vu l’accroissement en production qui a eu lieu depuis que le Centre existe ? Vous vous intéressez à ces choses-là bien plus que moi…

— Il est vrai que tous les secteurs ont eu un bon de production spectaculaire, mais il n’y a rien d’étonnant là-dedans, avec une coopération quasi planétaire, un pur avancement scientifique comme motivation, c’était à prévoir.

— Peu importe, le fait est que ça marche. Tout le monde doutait de leur entreprise, surtout avec toutes les lois sur la régulation du monopole et j’en passe, pourtant le centre est toujours debout et il est plus solide que jamais.

— Vous n’allez pas me dire que nos politiciens ont eu l’idée géniale de créer un seul pays au monde… N’entendant pas le rire auquel il s’était préparé, Loengard eut un petit frisson.

— Mon colonel, c’est totalement utopique. Les pays, les cultures, les religions… il ne sera jamais possible de concilier tout cela en une fois.

— Encore une fois, capitaine, la machine est en route et elle est bien huilée si ce que j’en entends est vrai. Pourquoi pensez-vous que l’armée est la première branche à être restructurée ? Un nouveau frisson parcourut l’échine du capitaine.

— La plupart des pays interdisent un contrôle martial. C’est bien de cela qu’on parle ? Une transition facilitée par le contrôle d’une armée mondiale ?

— Vous voyez tout en noir, Tom. Les politiques s’attendent à une résistance, des factions rebelles qui, comme vous, ne verront pas immédiatement le progrès énorme que ça représente. Il s’agit tout simplement de se préparer.

— C’est pour cela que l’état-major veut améliorer ses rapports avec le Centre n’est-ce pas ? La plupart des projets de défense des pays industrialisés sont traités et entretenus par le Centre.

— Vous comprenez donc à quel point il est important que vous vous fassiez au moins un ami important à ce congrès. Loengard serra les dents, mais ne dit pas un mot.

— Écoutez Tom, je n’aime pas vous ordonner cela plus que vous n’aimez le faire. Aucun de nous n’a le choix, je vous conseille de voir les choses comme ça.

— La différence c’est que moi, contrairement à vous, je pense que toute cette idée est une erreur.

— Tom, des centaines de conseillers politiques, des experts aux titres si barbants que je les ai oubliés ont passé des années à étudier le projet. Ils se mettent d’accord pour dire que c’est la prochaine étape logique, qu’est-ce qui nous donne le droit, à vous et moi, d’y ajouter quoi que ce soit ? Il était clair au ton employé que le colonel ne voulait aucune réponse à sa question.

— Et de quelle façon vont-ils présenter cela au public ? Le chef soupira, il était évident qu’il se lassait de l’interrogatoire qu’il subissait, mais il répondit malgré cela.

— Ils vont utiliser la technique habituelle : une meilleure coopération commerciale. La nouvelle monnaie qui, d’après mes sources, serait nommée «

Cosmo »

est en cours d’élaboration et je pense que c’est de cette façon qu’ils vont tout lancer une fois que la restructuration de l’armée sera en phase finale. Écoutez Tom, je n’en sais pas beaucoup plus sur le sujet que vous ; cependant, ce que je sais c’est que ça se fera, avec ou sans votre consentement. Vous vous souvenez de cette demande de subvention ahurissante que vous avez voulu que je présente au comité ?

— Je m’en souviens, mon colonel !

— Inutile de prendre cet air sombre capitaine. Je n’utilise pas cette faveur que vous m’avez demandée pour vous faire coopérer. Comme je vous l’ai dit, l’ordre ne vient pas de moi. La demande a été introduite, on aurait dû avoir une réponse depuis des jours… voyez-vous où je veux en venir ?

— Insinuez-vous que la décision sur l’octroi de ce financement va dépendre de ma performance ce soir ?

— Je n’insinue rien du tout. Vous n’êtes pas un enfant, je dis simplement que vous ne devriez pas prendre ceci à la légère. L’état-major compte beaucoup là-dessus.

— Dans ce cas, je n’ai que deux choses à ajouter : maintenant, je sais ce que ressent une prostituée et le nom de cette nouvelle monnaie est ridicule. Alors que le colonel émettait un petit rire étouffé dans le haut-parleur, Loengard entendit des pas feutrés derrière lui.

— Mon colonel, je vais devoir vous rappeler. Je pense qu’un client potentiel veut m’approcher. Après un autre bruit qui ressemblait plus à un souffle de bison qu’un rire, le colonel mit fin à la conversation sans un autre mot. Loengard remit l’appareil dans la poche intérieure de sa veste noire et se tourna pour faire face au nouveau venu.

— Que faites-vous seul ici, cher ami ? Loengard dévisagea l’homme, une expression neutre figée sur le visage. L’arrivant, de petite taille et de corpulence mince, sourit. Ses petites mains bouffies se saisissaient régulièrement du col de son costume noir et le rajustaient d’un petit coup sec et rapide. Loengard remarqua son monocle posé délicatement devant son oeil droit ainsi que la chaînette dorée qui disparaissait derrière l’oreille, il nota également la petite moustache fine et discontinuée au niveau de la cloison nasale ainsi que le costume en queue-de-pie dont l’individu était vêtu. Cet accoutrement évoqua à l’esprit de Loengard l’image d’un pianiste anglais.

— Il n’y a que peu d’intérêt pour moi, à l’intérieur, répondit-il.

— Et peut-on savoir ce qui vous intéresse ? demanda l’Anglais. Le militaire décida silencieusement d’ainsi le surnommer.

— Vous êtes la première personne à m’adresser la parole ce soir, si vous ignorez qui je suis, je serais fou de vous le révéler. Il dit cela sur le ton de la plaisanterie, mais un arrière-goût de vérité résonnait dans sa voix.

— Et si je vous disais que j’ai fait un très, très long voyage… Tout cela dans le but unique de vous rencontrer ?

— Gaspillage !

— J’en doute fortement. Vous avez émis une hypothèse qui m’intéresse au plus haut point.

— Vraiment ? Le capitaine ne fit aucun effort pour exclure le doute de sa voix.

— Tout à fait. Je ne peux vous dire comment ou pourquoi, mais j’ai observé l’avancement de vos travaux. Je vous sais dans l’impasse ! Au fur et à mesure que l’Anglais distillait l’information, l’orei-lle de Loengard devenait de plus en plus attentive.

— Si vous pensez qu’il y a une chance pour que ça marche, alors vous êtes fou.

— L’êtes-vous ?

— Le Dr Frankenstein pensait donner vie à un être humain, avez-vous vu le résultat ? L’insistance du personnage agaçait Loengard, pourtant, parallèlement, de le voir persévérer lui donnait une curieuse satisfaction. Sans compter que c’était peut-être l’occasion inespérée de lier cette amitié qui semblait importer tant à l’état-major.

— Le Dr Frankenstein était un incompris. Ne voulez-vous pas suivre un chemin différent du sien ? L’homme à la queue-de-pie, n’obtenant aucune réponse, s’approcha doucement de son interlocuteur qui lui tournait à nouveau le dos, penché au-dessus du créneau afin de regarder une fois de plus les arbres, quelque distance plus bas. Le petit homme se hissa sur la pointe des pieds et susurra quelques mots à l’oreille de son collègue, qui frémit légèrement avant de se retourner, affolé.

— Qu’avez-vous dit ? L’Anglais offrit un large sourire en guise de réponse.

— Mon nom est Mark, Mark Shingerton. Je peux vous aider. Je vous offre la seule chose dont vous avez besoin, un petit coup de pouce pour avancer.

Ayant dit ces mots, l’Anglais tourna les talons et s’en alla. Il laissa son confrère seul, à sa réflexion. L’idée qu’on lui vienne en aide le rebutait, mais il savait également avoir été au bout de ses ressources. Seul, il n’irait pas plus loin. Ne voulant plus penser à cela, il tourna son esprit vers la discussion qu’il venait d’entretenir avec le colonel Thompson.

Son armée, l’Eurocorps, l’African Standby For-ce, qui n’était pourtant que projet il y a quelques décennies, ainsi que l’armée américaine, ensemble. Il trouvait que cela ressemblait à une blague cosmique, mais tout le monde avait dit cela pour le CIRS lors de sa création, tout le monde s’était trompé. Peut-être en serait-il de même pour cette Force Armée des Nations Unies, Thomas ne savait pas vraiment comment prendre cette nouvelle, il avait ses réserves, mais il y voyait également beaucoup d’avantages potentiels. Le briefing qu’il avait suivi plus tôt dans l’année avait entre autres mentionné des budgets qui, partagés sur toutes ces nations, seraient moindres pour les gouvernements respectifs, de l’appui aux autres forces internationales et à terme, leur remplacement simple et définitif, la centralisation et donc la simplification du commandement, la consolidation économique qui permettrait une stabilisation du commerce et des politiques.

Loengard pouvait aisément s’imaginer la suite. Une fois cette force créée, tous ces états partageant tant de choses allaient vouloir que leurs ressources soient plus synergiques, ils créeraient alors un gouvernement commun dont les intérêts seraient – bien entendu – ceux du peuple. Quelle belle supercherie ! Tiré de sa méditation par des rires, probablement embrumés par l’alcool, des invités, Thomas Loengard se tourna dans leur direction. Il pouvait voir, dans la cour ouverte, où un petit orchestre diffusait une musique que personne ne semblait apprécier, des hommes et femmes qui riaient, discutaient et s’émerveillaient. Aussi loin qu’il pouvait voir, personne ne partageait sa mélancolie.

Las, il se saisit de sa flûte et en versa le contenu dans le vide. Il regarda le liquide chuter sur une distance de quelques mètres avant d’être dispersé par le vent. Il décida de laisser l’étrange petit homme intervenir dans son travail, alors, si sa théorie était prouvée, les préconceptions du monde scientifique subiraient le sort du contenu de son verre quelques instants plus tôt. Ces arrogants personnages, extrêmement conservateurs et incompétents de surcroit ; incapables de la moindre vision, suffisamment imbus d’eux-mêmes au point de ne rien apprendre de l’Histoire, refusant ne serait-ce que de lui donner le bénéfice du doute, lui, qui avait pourtant prouvé son génie à de nombreuses reprises, le mettaient hors de lui. Avec un rictus furieux sur le visage, il posa le poing sur les bords de la tour, inspira l’air moite de la nuit et se promit qu’une fois ses travaux finis, il s’assu-rerait d’inviter chacun de ces imbéciles intolérants et qu’il les regarderait, eux et leurs travaux mineurs, se plier devant la grandeur de sa découverte.

Il ne put s’empêcher de contempler les contributions qu’il avait faites à la science, tous domaines confondus. Il se dit qu’il était heureux de détenir bon nombre de brevets en Biologie, Chimie, Physique et autres sciences dérivées de ces trois principales. Il savait qu’il en aurait besoin pour ce qu’il considérait être sa plus grande oeuvre.

Souriant, enfin avec sincérité, il se dit que même ces nouveaux organismes géants allaient être secoués par la révolution qu’allait apporter son intellect.

Son invention changerait la face du monde, il en était certain. Il ne lui restait plus qu’à faire l’ambassadeur entre ses supérieurs et ces satanés scientifiques du Centre afin d’assurer un avenir financier à son projet.

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16:45 Écrit par Céline pour CDL | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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