08/09/2010

Révélation

révélation.jpgTitre : Révélation

Auteur : Jean Vigne

Année de sortie : 2010

Site de l'auteur http://jean.vigne.free.fr

L'auteur

Jean Vigne, après avoir été kidnappé par les esquimaux, a réussi à s’échapper (ayant dû découper les murs de son igloo avec un chalumeau de cuisine). Il entama un long chemin de retour, empruntant bien des routes périlleuses pour finir au Cap Horn à faire du bateau-stop. Tour à tour baleinier, marin sur un pétrolier, cuisinier sur un bateau de l’armée, skippeur sur le Vendée globe, il est enfin de retour avec deux nouveaux romans, pour votre plus grand plaisir.

Le livre

Hélène, jeune lieutenant de police, ignore en ce matin de printemps l’aventure qui l’attend.

Une péripétie qui prend ses sources dans les profondeurs de l’histoire, dont les répercussions peuvent bouleverser le futur de l’humanité tout entière.

Deux forces en présence vont s’affronter, deux puissances dont le pouvoir ébranle les bases mêmes de notre civilisation, car leur combat est éternel. Hélène, prise dans la tourmente, va devoir choisir l’un des deux camps, afin d’entraver les desseins de ces forces ancestrales.

Extraits

Paul, sous le regard de sa femme, accueille Béatrice, Maxime, Pierre, Fabienne d’une de ses plaisanteries coutumières.

– Ah, tu n’as pas changé, se contente de répondre Pierre, habitué aux facéties de son ami d’enfance.

Bientôt, Sylvie rejoint son mari, un sourire forcé aux lèvres. Elle ne s’est jamais sentie à l’aise au sein de cette petite communauté. Ce sont les fréquentations de son homme, pas les siennes. Paul, Maxime et Pierre se connaissent bien, des amis de toujours, une passion indéfectible. Les trois femmes sont des pièces rapportées si l’on peut dire, forcées par les circonstances à se côtoyer. Sylvie n’aime guère Béatrice, trop guindée à son goût. Toujours prête à glisser dans la conversation un mot sur son dernier voyage, sa tenue vestimentaire à la mode, l’argent de son mari qu’elle s’amuse à dépenser sans compter. Quant à Fabienne, la reine du sport, elle ne jure que par les piolets, crampons, ski de randonnée, varappe et autres extravagances. Lui parler d’enfants, d’écoles, de couture, revient à discuter d’informatique avec un pygmée. Le sport, l’argent, concepts bien loin des aspirations de Sylvie, qui ne rêve que d’une vie paisible, auprès de son petit Nicolas, 4 ans. Mais la vie de couple n’est-elle pas une somme de concessions ? Recevoir quatre fois par an les amis de son homme n’est finalement qu’une modeste contrainte. Ailleurs, des hommes et des femmes doivent supporter dictateurs, bourreaux, maladie et famine.

– Entrez, finit-elle par dire, ce même sourire collé au visage.

– Hum, jolie coupe, avoue Béatrice. Cela te va à ravir.

Formule de politesse ou le pense-t-elle vraiment ? Comment savoir avec cette reine superficielle, experte dans la formule savonneuse ? Bientôt, les six convives se retrouvent autour d’une table basse, d’un joli verre poli bleu turquoise, le tout porté par le Dieu Neptune. Le roi de la mer, sculpté dans un unique bloc de pierre, au centre de cette rencontre amicale, un signe de bon présage. Sylvie l’espère de tout cœur. La cuisine est son secours, quelques minutes de répit avant l’inévitable affrontement. L’apéritif se déroule sans anicroche, ce qui augure finalement une soirée plus détendue qu’à l’accoutumée. Sylvie se laisse aller à la douce ambiance, bercée par les rires des convives, qui, sous l’effet de l’alcool, se laissent gagner par une langueur joyeuse.

 Soudain, prise de vertiges, elle doit son salut à l’accoudoir du canapé… Elle essaye de chasser d’un mouvement de tête cette brume qui envahit ses pensées. Les paroles des invités se perdent dans un espace lointain. Les mots emmurés dans un passage étroit, elle s’évade dans une étendue sans limites. Elle essaye de résister, sa vue se voile, ses sens s’évaporent. Elle veut se lever, elle n’est plus en possession de son propre corps. Son âme s’étiole, se dilue, ses souvenirs se désagrègent. Elle veut crier, il est trop tard, elle n’est plus de ce monde !

...

– Sylvie ? Sylvie tu m’écoutes ?

Sylvie regarde cette femme, maquillée à outrance, affublée d’une fourrure synthétique ridicule. Elle semble hautaine, elle l’est sûrement. L’assistance s’est tue. Tous observent la jeune femme, un mélange d’étonnement et de désapprobation dans le regard.

Sylvie pose la main sur le bras de Béatrice, ferme les yeux, plonge dans un silence pesant. Béatrice ne comprend pas, mais contre toute attente se laisse faire. Sans doute une excentricité de plus de la part de Sylvie. Soudain, Sylvie ouvre les paupières et fixe de ses yeux émeraude sa voisine.

– Paul ?

– O… Oui ? finit par dire son mari, inquiet du comportement étrange de sa femme.

– Tu ne m’avais jamais dit que Béatrice et toi couchiez ensemble ?

Aussitôt, le visage de son homme s’empourpre. Il est partagé entre stupeur et consternation. Béatrice retire violemment son bras, non sans lancer un « Quoi ! » réprobateur. Maxime, le mari de Béatrice bafouille un « Qu’est-ce que tu racontes ? » misérable. La confusion flotte sur les convives, mais Sylvie n’en démord pas.

– Veux-tu une date pour t’en convaincre ? Le 16 mai, 17 h 30, sur la place de la préfecture par exemple.

– Comment, tu nous as fait suivre ? lance précipitamment Paul... trop précipitamment.

Il vient par lui-même d’avouer. Le mensonge n’a pas résisté à l’empressement. Aussitôt, Maxime se redresse et frappe d’un crochet son ancien ami. Paul s’écroule, non sans renverser la table. Neptune se retrouve à terre, vaincu par de simples humains peu soucieux de sa stature divine. Maxime se jette sur Paul, Pierre essaye de les séparer. Fabienne fusille Béatrice du regard. Si elle a couché avec le mari de Sylvie, pourquoi pas avec le sien. La garce en est capable ! Les occasions n’auraient pas manqué, Fabienne n’est jamais à la maison. Toujours sur une montagne, dans un trek, une varappe. Sylvie, sans rien dire, se lève, se dirige vers le petit secrétaire, prend les clefs de sa voiture, son portefeuille et sort. Elle entend encore le bruit du verre brisé, les insultes, les suppliques. Cela l’amuserait presque, si l’instant n’était pas aussi pathétique.

 

09:21 Écrit par Céline pour CDL | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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