01/05/2009

Vas-y bobonne passe la cinquième


couverture-finale-face-avanTitre : Vas-y bobonne passe la cinquième

Auteur : Maryse Bastien

Année de sortie : 2009


L'auteur :

M. Bastien est née en 1951 à Yves- Gomezée. Après des humanités scientifiques, elle opte pour des études en philologie romane. Elle a enseigné durant 29 ans dans une école du Couvinois. Devenue tétraplégique, elle peut se consacrer à l’écriture mais aussi à la peinture (aquarelle).


Le livre :

Ce livre est le récit de deux mois passés en soins intensifs et deux ans de rééducation au C.T.R. (centre de rééducation et de traumatologie). L’auteur a pris le parti de l’autodérision, ce qui n’empêche pas la réflexion sur le travail extraordinaire des thérapeutes et sur les problèmes quotidiens des personnes handicapées.


Extraits :

Toute cette énumération devenant fastidieuse, je préfère vous entretenir de mon héros préféré, celui auquel je suis devenue « accro » après lavoir vu une heure seulement. Jéprouve encore aujourdhui du mal à vous parler de lui malgré les interventions énergiques visant à me faire «décrocher ». Ce preux, ce chevalier sans peur et sans reproche, ce Rouletabille de la R.D.A, cest le bien nommé Derrick. Ne croyez pas que je me trompe en évoquant la R.D.A, cest que je tente de vous faire comprendre que le perdreau Derrick est quelque peu faisandé. Mais ce détail chronologique ne m’a pas gênée. Dès treize heures cinquante, je bondis mentalement sur mes pieds, jaugmente le volume pour boire à la source les doctes paroles de cet homme et jécarquille les yeux pour mieux admirer son faciès intelligent .Le cheveu parfaitement gominé (je le soupçonne de porter une « moumoute ») dégage un front large, signe manifeste dune vie intérieure des plus riches. Lœil vif, sur lequel tombe une paupière lourde, ne dément pas cette première impression. Le nez , pourvu évidemment dun flair infaillible, est encadré de deux valises dans lesquelles - si on les ouvrait - on trouverait une littérature aussi pleurnicharde que Les mystères de Paris ….de Hambourg ou de Munich, si vous trouvez cela plus logique . Une lippe gourmande qui, pourtant, n’invite pas au baiser complète ce portrait à nul autre pareil. Il promène sa silhouette dégingandée et son air désabusé dans de sombres rues allemandes et officie la plupart du temps chez des rombières ou des rosières, deux races en voie dextinction ! Doù la rareté de ce feuilleton hyper vitaminé ! Cette peinture ne serait pas complète si je ne signalais que ce policier aussi allègre quun patron de pompes funèbres porte fièrement un trench coat ceinturé dont la fraîcheur ferait pâlir denvie son collègue américain Colombo. Parfois, pourtant, il pousse laudace jusquà faire des infidélités à cette panoplie du vrai flic pour revêtir une pelisse en agneau retourné du plus bel effet. Mais en cette matière judiciaire mes goûts étant très classiques, javoue préférer limperméable, signe aussi distinctif du policier que ne l’est, du prêtre, une croix sur le revers du veston.

Stefan - je me permets de lui donner ce nom dans lintimité - est sans conteste pétri de psychologie et je le soupçonne davoir été secrètement allaité à la psychanalyse freudienne. La manière tout en finesse dont il aborde les coupables - ou présumés tels - et les innocents ne laisse planer aucun doute sur son aptitude à résoudre les énigmes les plus tordues. Dans quelque milieu quil se trouve et ce malgré un physique peu facile, il sexprime avec la même componction, le même ton doucereux pour assener des évidences. Et lassassin finit toujours par être débusqué sans lusage de la violence.

Derrick serait donc un homme parfait sil navait eu lidée saugrenue de naître allemand. Nallez pas vous imaginer que je suis xénophobe : simplement, je me ris de le voir doublé par un comédien qui na jamais pratiqué la langue de Goethe. Parfois on dirait Offenbach interprétant une partition de Wagner. Avouez-le, lair nest pas le même.

Après cette tirade dithyrambique, vous comprendrez aisément quelle est ma frustration quand, à 14 heures 5, jentends la voix impérieuse dun jeunot sans scrupules, un scélérat :

  • On éteint ; ici, on travaille !

Jaurais volontiers étranglé cet ignoble Gaëtan qui avait loutrecuidance dajouter 

  • Plus tard, tu me remercieras … »

Pauvre diable, pourquoi le remercierais-je de me priver de mon somnifère préféré ? Le bougre simagine quil ma désintoxiquée mais il se trompe lourdement : le syndrome Derrick se contracte au premier regard et lindividu contaminé nen guérit jamais. A cette heure où jécris, le feu couve encore sous la cendre : il suffirait dun seul clignement de ce si spirituel œil stéphanois pour que je replonge.

En outre, Gaëtan se moque de mon désappointement en me disant lors de son départ :

  • Bonne fin de Derrick.

09:51 Écrit par Céline pour CDL | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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