20/12/2008

Le donjon du poète fou


lastscanTitre : Le donjon du poète fou

Auteur : Christophe Leurquin


L'auteur :

Je pense que je suis né en racontant des histoires. Toute mon enfance s’est déroulée au gré de mes mondes imaginaires. Je m’inventais des films, à l’époque féeriques.

Et puis j’ai grandi, les films ont changés, la création est restée. Vers 18 ans, j’ai connu ma période poésie, vite abandonnée au profit de l’écriture romanesque. J’avais 21 ans lorsque j’ai écrit mon premier roman « A l’ombre des vieux murs ». Il s’agissait d’un rêve encore empreint d’adolescence qui oscillait entre le Grand Meaulnes et La Gloire de mon Père, un style beau mais un peu désuet.

Et puis je suis entré dans la vie active avec du côté positif un mariage et 3 enfants, et du côté négatif des boulots passionnants tels que pion, représentant en casseroles, ou répondeur téléphonique chez un marchand de combustibles.

J’ai entamé, en cours du soir, une formation en journalisme. Mon travail de fin d’étude a été pour moi une renaissance. Il s’intitulait « Yves Robert, le poète du cinéma français ». Ma rencontre avec cet immense artiste a été primordiale pour moi. Il a fortement apprécié ce que j’ai dit de lui, et me l’a écrit. Grâce à lui, je me suis à nouveau tourné vers la création.

En 2001, suite à un évènement dramatique, j’ai terminé mon deuxième roman « le Donjon du poète fou ». Ouvrage aujourd’hui édité aux éditions Chloé des lys.

Je me partage maintenant entre ma profession d’éducateur auprès de personnes déficientes mentales, j’anime un atelier de créations vidéo, et l’écriture, tant cinématographique que romanesque.

J’écris ! Les idées foisonnent, il serait stupide de les laisser filer.


Le livre :

Le Donjon du Poète Fou, c’est avant tout l’histoire de quelques personnes blessées par la vie, par leurs proches, par une société où elles ne trouvent plus place. Ces êtres vont se retrouver en un lieu qui leur semble idyllique et tenter de croire qu’il est possible de vivre autrement, de proposer un autre modèle. Mais en fin de compte ils seront rattrapés par les évènements.


Extrait :

En entrant dans ce magasin, ma première impression fut de me croire revenu cinquante années en arrière. Cette petite épicerie dissimule autant de produits qu’une grande surface, mais sur un espace réduit des dizaines de fois. J’admire le talent du propriétaire des lieux à disposer d’autant de marchandises. Une étrange odeur règne sur les étalages, mélange d’épices et de pains frais, de jambon et de poudre à lessiver, de textile et de quincaillerie. Les carrelages sont usés et décolorés, le plafond jaune et décrépi. Je ferme la porte derrière moi, la sonnette retentit une deuxième fois.

Derrière le comptoir, une femme sans âge, les cheveux gris tombant sur ses épaules, me déshabille de la tête aux pieds avec un total manque de discrétion. Son insistance à me fixer commence même à me gêner, je suis certain de devenir son sujet de conversation pour la journée.

- Bonjour, je voudrais une bouteille de coca.

J’ai toujours eu horreur d’entrer dans un magasin sans rien acheter. Tandis que la femme tourne sa lourde masse vers un frigo, je lui demande :

- Je suis à la recherche d’un ami qui s’est installé depuis peu dans votre village, mais je ne connais pas son adresse. Comme le patelin n’est pas grand, vous pouvez sans doute me renseigner. Il se nomme Corentin Lagneau.

- Et comment est-il votre ami ? Moi, les noms ne me disent rien.

- Il a une vingtaine d’années, il est assez grand. Ses cheveux sont très noirs et bouclés.  C’est un garçon extrêmement calme et toujours souriant.

Au début de ma description, la femme feint d’abord de réfléchir. Puis, peu à peu, son visage se transforme pour devenir finalement ironique. D’un air moqueur, elle me lance :

- J’y suis, votre copain c’est le fou des ruines.

Devant mon visage éberlué elle ajoute :

- Vous n’avez qu’à descendre ici en face vers l’église. Un peu avant celle-ci, vous prenez à gauche, vous arriverez ainsi au pied du sentier qui grimpe sur la colline. Votre copain se trouve là haut, dans la tour.

Sans un mot, je paie ma bouteille et sors rapidement.

Au dehors, la température ne cesse d’augmenter, cette journée d’avril sera très chaude. Je regarde autour de moi, et me pose une fois encore cette question longuement méditée durant le trajet de Namur à ici : qu’est-ce que je viens faire dans ce trou perdu ?

Dourbes, dont je n’avais jamais entendu parler auparavant, est un minuscule village des Fagnes, perdu dans un désert de prairies et de bois, arrosé par une rivière nommée Viroin. Quelques fermes sont encore en exploitation, d’autres bien restaurées servent pour les vacances des citadins, une église minuscule, et Corentin que l’on traite de fou, voilà la situation.

Je dépose ma veste dans la voiture, ferme soigneusement cette dernière, et pénètre dans les rues étroites du village. Je ne suis absolument pas équipé pour la marche. Arrivé au pied de la colline, j’hésite un instant. Mes souliers torturent déjà mes orteils, et ma chemise est trempée. Tant pis, je suis venu jusqu’ici, je continue.

Tout en marchant, les idées se bousculent dans ma tête. Pourquoi ai-je sacrifié ma journée de congé pour venir retrouver au fin fond du pays un homme que l’on traite de fou ? Je serais pourtant si bien dans mon appartement, installé dans mon fauteuil, à visionner quelques DVD.

09:44 Écrit par Céline pour CDL | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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